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A.E.D.
Ce pseudo-mouvement, qui n'a jamais atteint la cinquantaine d'adhérents, était en fait la coquille vide autour de la trouble personnalité de François Donzel. Animateur d'un syndicat de correcteurs auquel a aussi appartenu Brice Lalonde, il est appelé par ce dernier à la fondation de Génération Ecologie. Conseiller régional en Ile de France (1992), en septembre il claque la porte de G.E. contre l'autoritarisme de Lalonde et un changement stratégique (rupture avec le P.S.). il crée A.E.D (Alliance Ecologie & Démocratie) sans adhérents, mais avec dix élus régionaux, Après avoir financé G.E. sur fonds secrets, le Premier ministre Bérégovoy lui avait trouvé un emploi fictif chez Elf. Le nouveau gouvernement Balladur l'aide à financer ce mouvement nouveau pour disperser l'écologie. Les Verts ayant déjà des soupçons, A.E.D. est rejeté sans ménagement lors du rassemblement général des mouvements écolos de 1995. Au Conseil régional, Donzel devient l'homme-clef du racket des entreprises du bâtiment à la commission des marchés, pour le président U.FD.F. Giraud. L'affaire de ces pots de vin éclatera en 1998, dénoncée par les Verts : 4 millions de francs dans les poches de Donzel, détail qui entraînera, lors du procès de 2005, sa condamnation à 3 ans de prison ferme (dont 2 avec sursis), les autres accusés, trop haut placés étant relaxés (Longuet) ou bénéficiant du sursis complet (Giraud, Roussin, Guy Drut). A.E.D. a disparu dans la tourmente, sans jamais avoir marqué l'histoire de l'écologie.

ACTUEL
Magazine de la contre-culture des années '70 (issu d'une revue musicale) dirigé de main de maître par Jean-François Bizot, "Actuel" fut un des piliers de l'écologie à ses débuts. Ses colonnes étaient largement ouvertes à ces thèmes, comme à ceux du type "Catalogue des ressources". Ce fut en octobre 1971 le premier magazine de grand lectorat à consacrer sa une et un numéro à "L'écologie" (historiquement la revue anarchiste "La Rue" l'avait devancé, mais avec une diffusion confidentielle). En couverture (dessin du cartooniste américain écolo Ron Cobb) s'étalait le mot "Beuark !" sensé s'appliquer à la planète, alors bien moins dégradée que de nos jours. Etait surtout visée la pollution des sols, des rivières et de l'air. La formule d'"Actuel" évolua à la fin des années '70 dans une direction plus grand public avec introduction de la publicité et un virage idéologique plus "bobo". On retrouve alors ce journal au cœur de la polémique sur les "écolos fachos" avec cette fois la une représentant en modelage photographié un "écolo" faisant le salut nazi, avec une main copiée sur celle de SOS racisme ("Touche pas à mon pote"'). Proche de Lalonde, Bizot avait alors voulu lui donner un coup de pouce face aux Verts, par une enquête assez douteuse sur les Verts varois, où la réalité concernant deux adhérents sans responsabilité se mêlait à des faits divers sans aucun rapport. Cette enquête peu sérieuse alimenta ensuite le reste de la presse. Les Verts mirent des années à effacer cette réputation parfaitement indue, au moment où ils devaient faire face à des tentatives répétées d'entrisme de la part de mouvement d'extrême-droite, chaque fois impitoyablement dénoncés et chassés par leurs instances. La publicité devait tuer "Actuel" de façon ironique : c'est l'interdiction de la publicité pour les produits du tabac qui, par le manque à gagner induit, entraîna sa chute financière. Les écolos prenaient-ils là leur revanche ? dates Rue et Ecolos fachos

Altermondialisme
L’altermondialisme désigne les mouvements promouvant l'idée qu'une autre organisation du monde est possible et qui, sans rejeter la mondialisation, se proposent de la réguler. L'hétérogénéité et la diversité des associations altermondialistes incite à parler davantage de mouvements altermondialistes au pluriel que de mouvement au singulier1. De manière générale, le mouvement s'oppose au libéralisme économique et à la mondialisation économique des pratiques financières pour favoriser une économie plus sociale et mieux répartie

An 01
C'est dans le journal de gauche Politique-Hebdo que Gébé (1929-2004), un des dessinateurs vedette de Hara-Kiri, lança en 1970 le feuilleton de l'"An01", première BD philosophique et écologique. "On arrête tout, et c'est pas triste" et "Juste un petit pas de côté" pour penser autrement, regarder le monde différemment et apporter des solutions de bon sens à la folie planétaire, c'était là les axes de cette pensée nouvelle. On y jetait les clefs, on s'habillait de rien, on roulait à vélo, on faisait des jardins solidaires, l'argent n'existait plus, tout le monde s'aimait et l'imagination était partout. Utopie douce, autogestionnaire, alternative où tout n'était pas forcément applicable, mais un peu, cette BD faisait sourire, chacun se sentait partie prenante de cette entreprise collective et décontractée de démantèlement de la société. Elle mobilisa la jeunesse entière et popularisa la plupart des idées structurantes des années de naissance de l'écologie politique. Reprise en album en 1972, la BD connut le succès au point que "l'an 01" devint un concept et qu'un cinéaste débutant, Jacques Doillon, en tira un film avec son auteur. Ayant raflé tous les bénévoles du café-théâtre et les copains de son journal, Gébé, on y faisait débuter les comédiens qui marqueront la génération suivante, des dessinateurs pas encore célèbres et des copains bientôt prestigieux. Un film culte aujourd'hui.

anthropocène
Le terme « Anthropocène » n'a pas été officiellement reconnu ni ajouté à l'échelle des temps géologiques, car, malgré un premier débat engagé en août 2012 à l'occasion du 34e congrès international de géologie réuni à Brisbane, en Australie1, de nombreux géologues le jugent inadapté, anthropocentrique ou non fondé par des preuves scientifiques suffisantes. Plus récemment, du 24 au 28 avril 2016 s'est tenue à Oslo une rencontre au terme de laquelle une quarantaine de chercheurs indiquent qu'il y a lieu d'officialiser le concept2,3,4. Peu après, les débats autour du concept se sont raffinés lors du 35e Congrès international de géologie réuni au Cap à l'été 2016. Hamilton5 soutient qu'alors on considère que les conséquences des activités humaines affectent l'ensemble de la planète (touchant à la fois l’atmosphère, l’hydrosphère, la cryosphère, la biosphère et la lithosphère), allant donc au-delà de seulement certains écosystèmes. De plus, le concept peut ne pas désigner seulement les modifications humaines à son environnement, mais à sa nature biologique. Cette extension du concept fait référence à des phénomènes comme le Human Genome Project, l'ingénierie génétique, le genetic screening des nouveau-nés, ou l'eugénisme6. Des spécialistes comme Mehlman7 vont jusqu'à imbriquer l'Anthropocène au transhumanisme et au posthumanisme en raison de la reconfiguration des processus de reproduction et de sélection naturelle.

antinucléaire

Babas cools
Expression de mépris pour les ex-soixante-huitards rangés dans la bourgeoisie aisée, lancée par quelques aigris de n'avoir pas vécu cette période prestigieuse, reprise par la presse pour désigner tous les participants aux événements, puis tous les gauchistes et d'une manière générale cette génération. "Baba", terme indien pour désigner un vieux sage, s'appliquait ici à un individu qui ne s'en fait pas, plane à cause des pétards fumés et n'a pas de souci dans la vie. "Cool", terme venu du jazz américain, évoque à la fois la lenteur et l'indifférence au monde. Tout le contraire, on le voit des écologistes à qui pourtant ce terme est souvent accolé. Désigne aussi aujourd'hui la génération de certains dirigeants gauchistes passés à la gestion fort complaisante de la société. La réalité montre que, si ces personnages existent, ils sont extrêmement peu nombreux, les partisans de 1968 ayant connu un taux très élevé de suicides, d'autodestruction dans des drogues dures ou une résignation sociale sans issue.

C.A.P.
Dans la décomposition du gauchisme français, la diversité des sensibilités a créé une foultitude de groupuscules. La plupart, disparus, n'ont jamais fait le "virage" vers l'écologie, qui impliquait de transgresser le sacro-saint ralliement à la gauche au second tour des élections, donc à soutenir in fine la social-démocratie. La Convention pour une Alternative Progressiste est issue de l'Alternative pour une Démocratie Socialiste (A.D.S.), qui avait regroupé les dissidents du Parti Communiste au début des années 1990. En 1993, ils participent aux listes "EGAL" pour les législatives aux côtés de l'A.R.E.V., premier contact avec l'écologie. Puis, la C.A.P. soutiendra la candidature commune de Dominique Voynet à la Présidentielle de 1995. Ses animateurs sont alors aussi bien Christian Piquet de la L.C.R. que Charles Fiterman ou Jack Ralite ex-P.C., Bernard Ravenel ou de futurs dirigeants Verts (J.C. Biau, J.M. Brûlé, Michel Bock). Mais surtout Gilbert Wassermann, figure importante de l'extrême-gauche devenu altermondialiste, disparu prématurément en 2006, alors qu'il présidait la Fondation Copernic. Lors de la grande fusion de 1997-98, la C.A.P., comme l'A.R.E.V., se coupera en deux, les plus écologisés rejoignant les Verts, les autres fusionnant avec ce qui reste de l'A.R.E.V. pour fonder Les Alternatifs.

C.E.I.
Filles de la mouvance des "Khmers Verts", il existe deux C.E.I. sur le même créneau idéologique. Elles sont nées du changement de cap au sein des Verts dont tous étaient membres avant de partir quand Voynet prend le leadership sur Waechter qui s'était appuyé sur eux. Trois élus régionaux de Languedoc-Roussillon, dont François Degans et Jacques Doucet, figures historiques des Verts, à contrepied du mouvement, ont pactisé avec Jacques Blanc, le très droitier Président de région, par rejet de la gauche locale (incarnée, il est vrai par Georges Frêche). Mais ce revirement empêche Yves Piétrasanta, alors à radical de gauche, de gagner la présidence de la région. Ecartés du mouvement, ils créent d'abord la Coordination des Ecologistes Indépendants, dont les leaders seront Doucet et Jean-Jacques Bertrand (Picardie), J.C. Noirclère (qui a passé les mêmes accords en Lorraine) et Eric Pinel (Normandie) dont la dérive continuera jusqu'au Front National. De son côté, Degans a créé la presqu''homonyme Confédération des Ecologistes Indépendants avec Henri Afonso, ex-élu Verts d'Ile de France et le très suspect Maurice Gillard, médecin illuminé vite exclu des Verts pour de nombreuses magouilles. Bientôt réunis, affichant un "ni-ni" résolu, ils collaboreront à divers organismes très à droite, et présenteront des candidats à diverses élections, se revendiquant bientôt à la fois du régionalisme et du souverainisme, dans une confusion politique inattendue. En Languedoc, ils obtiendront des postes importants, sans lendemain, car ils n'y brilleront guère. Ils feront même liste commune avec le M.E.I. et les militants du Trèfle, encore plus à droite. Avant de disparaître faute d'adhérents.

C.R.I.I.-Rad
Etape essentielle dans le combat anti-nucléaire, la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité se crée après Tchernobyl. Le mensonge d'état, étayé par le professeur Pellerin, haute autorité du nucléaire, a conduit des militants à se munir d'un outil performant, un labo de prélèvement et d'analyse. C'est elle qui révèle les dégâts de la catastrophe sur l'environnement, la santé, l'agriculture, l'alimentation… niés aussitôt par gouvernement et scientifiques officiels. Cette dénonciation est à la fois environnementale et démocratique, pour un scandale dont les retombées sanitaires se feront sentir 15 ans plus tard. Par la suite, le crédit de cet organisme ne fera que croître, au fil de ses expertises, incontestables et, donc, contestées en haut-lieu. Il lui faudra 20 ans pour que l'attitude des autorités change. Sa présidente assez charismatique, Michèle Rivasi, entre en politique et se fait élire députée, d'abord apparentée P.S. puis adhère aux Verts. En 2009, elle mène une liste Verts aux Européennes. Sur le modèle de la CRII-Rad, Corinne Lepage a lancé en 2002 la CRII-Gen, cellule de recherche sur les manipulations génétiques.

Cabu
Né en 1938, Cabu a été un pilier de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo. Très tôt ses dessins d'humour et ses BD témoignent d'une sensibilité écolo très forte et il reste un des grands noms du dessin politique engagé dans l'écologie. Aujourd'hui célébré alors qu'il était autrefois sans cesse poursuivi en justice par l'armée ou l'église, Cabu n'a jamais bronché sur ses thèmes, une douce férocité que tous les publics peuvent accueillir et une malice qui le conduit aussi à rester critique vis-à-vis des plus engagés que lui. Aucun combat antimilitariste, antinucléaire, anti-violence, anti-chasse, ne lui est étranger et il a laissé dans ses milliers de dessins des témoignages marquants pour son époque. Cabu a beaucoup produit, notamment dans le Canard Enchaîné, mais aussi sur les écrans de TV où il a amené un autre ton, y compris dans les émissions enfantines, dans le "Club Dorothée", qui lui a donné accès à un autre public. Virtuose de la caricature, ses portraits sont cruels à souhait et deviennent même archétypaux : son "Beauf'" restera comme un des personnages essentiels du monde bien franchouillard qui conduit le pays. Son ex-épouse Isabelle, qui signait ainsi dans Charlie-Hebdo et La Gueule ouverte (dont elle fut un temps responsable), sera un temps une des animatrices du mouvement écologiste, avant la création des Verts, dont elle sera membre quelque temps par la suite.

capitalisme vert

Charlie Hebdo
Issu de l'interdiction de Hara-Kiri hebdo, créé dans les lendemains de Mai 68, c'est l'organe politique de l'équipe de Hara-Kiri. Cœur de l'humour écrit et dessiné en fin de XX° siècle, c'est uassi là que toute pensée alternative se développe, écologie comprise. Dans l'équipe, les grandes signatures sont très écolos (Fournier, Reiser, Gébé, Cabu, Cavanna, Isabelle, Willem, Paule, Nicoulaud) ou au moins complaisants (Wolinski, Choron, Delfeil de Ton). C'est dans ce journal que naîtront des rubriques sur l'énergie solaire, la défense animalière, la philosophie "An 01" ou la vie alternative en communauté écolo. Plus encore que les revues spécialisées, la presse des écologistes, c'est l"Hebdo" tous les jeudis. Cela les conduira à lancer en parallèle la Gueule ouverte, animée par Fournier. Après l'arrêt du journal en 1983, le titre sera repris dans une formule très proche, par d'anciens du journal (Cabu, Cavanna, Gébé, Willem, Wolinski), mais avec un contenu variable sur cette question. Nouveau venu issu de la Grosse Bertha, journal assez favorable à l'écologie, le rédacteur en chef de l'"Hebdo", Philippe Val, compagnon de route des écologistes, évolue peu à peu vers tout autre chose où l'écologie est bien absente, sauf la rubrique animalière de Luce Lapin.

Confédération Ecologiste
Dans les mouvements qui ont amené, par fusion, à la constitution des Verts en 1983-84, la Confédération a joué un rôle clef. Autour de Brice Lalonde s'était créée le Réseau des Amis de la Terre (RAT), qui rejetait l'idée d'être un parti, mais permettait quand même de se présenter aux élections. Après la Présidentielle de 1981 où Lalonde obtint 3, 90 % des voix et se crut leader incontournable. Devant la réticence de beaucoup de militants du RAT, qui se dissout alors, il créa alors la Confédération Ecologiste (C.E.) en décembre à Couiza. Son but : rivaliser avec l'autre tendance de l'écologie d'alors le M.E.P., plus proche d'un vrai parti. Outre des Amis de la Terre, les "Diversitaires" (soit ceux qui refusaient d'être de l'une ou de l'autre composante), dont P. Radanne, J. Doucet, Y. Cochet, D. Voynet, J.J. Porchez, D. Anger… qui joueront tous un rôle plus tard. C.E. reste une association décentralisée, joue le terrain des luttes locales et ne vont aux élections que pour faire pression. Seuls les groupements adhèrent, pas les individus. Dans les discussions en vue d'un rapprochement avec le rival M.E.P., rebaptisé Les Verts-Parti Ecologiste, le mot "parti" utilisé pour la première fois, C.E. réagit en se rebaptisant Les Verts-Confédération Ecologiste, fin 1982 à Uzerche. Tous sont au moins d'accord sur le mot "Verts". Ils lancent un appel à l'union à condition que cela ne s'appelle pas un parti. A Besançon courant 1983, ils réduisent leur nom à "Les Verts" et fusionnent enfin en janvier 1984 à Clichy, avec les Verts-P.E. 1000 écolos deviennent donc Les Verts. Lalonde n'a pas assisté à cette fusion qui va le marginaliser, seul désormais à ne pas croire à l'avenir d'un parti Vert, dont il ne sera jamais.

Confédération Paysanne
Le syndicalisme paysan en France a toujours été du côté du manche avec la puissante F.N.S.E.A., relai privilégié de tous les gouvernements de droite, qui l'ont choyée, surtout J. Chirac. Tous ses dirigeants ont été, à la fin de leur mandat, récompensés par un poste politique, ministre ou député européen. Ultra-productivistes, appuyés longtemps par les organisations de chasseurs dans leur combat anti-écolo primaire, les militants F.N.S.E.A. ont été les partisans acharnés de la P.A.C., des pesticides, des O.G.M. en plein champ, des cultures gourmandes en eau, privilégiant la quantité au détriment de la qualité. Le M.O.D.E.F., syndicat communiste, fut longtemps leur seule opposition, mais avec une vision tout aussi productiviste et pro-chimique de l'agriculture. Les partisans de l'agriculture biologique étaient en nombre infime. C'est pourquoi l'arrivée en 1971 des Paysans-Travailleurs, syndicat vite taxé d'"extrême-gauche", prônant une agriculture de qualité, les circuits courts, défendant les petites exploitations, demandant l'inversion des aides européennes en leur faveur, des quanta plutôt que des quota, annonçait déjà une agriculture écologique. Son leader, Bernard Lambert, était charismatique, mais disparut trop tôt dans un accident automobile. Les militants de la G.O.P. les rejoignirent dès leur création en 1972. Ils seront très présents dans la lutte du Larzac, dont beaucoup d'animateurs les rejoindront, notamment José Bové, Léon Maillé, Alain Desjardins ou Gérard Galtier qui seront des acteurs de la lutte écolo par la suite. En avril 1987 les Paysans Travailleurs fusionnent avec un organisation proche du P.S., la Fédération Nationale des Syndicats Paysans et des groupes F.N.S.E.A. dissidents, pour devenir la Confédération Paysanne, bientôt membre de la Coordination Paysanne Européenne. La "Conf'" sera toujours tiraillée entre ses origines un peu gauchistes, donc plus ouvertes à l'écologie, et sa composante social-démocrate, qui conduira souvent ses dirigeants, localement, à soutenir des candidats socialistes contre des candidats Verts. Dopée par l'affaire du démontage du McDonald's de Millau en 1999, dont le retentissement est mondial après l'arrestation de Bové, la Confédération devient une vraie force syndicale, qui joue un rôle majeur dans l'émergence de l'altermondialisme. Elle participe de près à nombre d'initiatives internationales, comme Via Campesina et dans les combats liés à l'alimentation, par exemple aux arrachages de plants O.G.M. Ses leaders le paient de prison et d'amendes répétées. Le leadership de Bové, naturel après l'affaire du McDonald's qu'il a menée, provoque des conflits internes, les militants plus libertaires contestant cette personnalisation de la lutte. René Riesel, ancien situationniste, préfèrera effectuer une peine de prison que d'accepter toute amnistie étatique. La plupart des paysans Verts en sont membres, d'où un compagnonnage non exclusif, jusqu'à la candidature de José Bové, qui cependant n'est plus dirigeant de la Conf', aux Européennes en 2009 comme tête de liste des Verts.

ECO-CONDITIONNALITE
Coeur des partenariats écologistes-forces de gauche dans les instances gérées ensemble, l'éco-conditionnalité fait l'objet de négociations houleuses dès qu'on débouche sur les mesures concrètes. En principe elle impose de conditionnaliser l'ensemble des mesures nouvelles à des contraintes écologistes. Clair pour tout le monde dans les domaines classiques de l'intervention écologiste (environnement, logement, agriculture), mais beaucoup moins dans des domaines où le grand public (ou la gauche) ne l'attend pas (affaires sociales, économie, formation professionnelle, éducation). Quelques lieux emblématiques de cette éco-conditionnalité ont fait parler d'eux à l'époque (Région Nord-Pas de Calais, mairie de Paris), mais c'est surtout la région Ile de France qui, emportée par une coalition gauches-Verts sur la promesse de bâtir "la première éco-région d'Europe", a le plus innové en la matière, au prix de discussions âpres et parfois désopilantes. Il a en effet fallu embaucher quelques jeunes fonctionnaires formés à ces questions pour que les conditionnalités ne s'enlisent pas trop dans les méandres d'une administration peu préparée. Mais des progrès incontestables et visibles ont ainsi permis à ces contraintes de faciliter la vie des habitants : tramway et vélos à Paris, bus non-polluants et logements H.Q.E. en banlieue, éco-quartiers, mais aussi parité ou visibilité des minorités. En culture, le calcul de l'empreinte écologique des tournages de films a étonné. Ces contraintes sont désormais mieux admises depuis l'arrivée massive dans les médias du thème de la "crise écologique", niée jusque là à gauche comme à droite. C'est à qui fera mieux que son voisin, aussi bien dans les partis politiques de tous bords que dans les entreprises, pour qui cette image de marque nouvelle est un "plus" en termes de notoriété. Il est à craindre que tout cela cesse dès que la saturation aura gagné le public.

ÉCO-REGION
Depuis l'entrée des premiers écologistes dans les conseils régionaux (les Verts Antoine Waechter, Andrée Buchmann et Didier Anger et l'écologiste autogestionnaire Marc Gicquel, en 1986), les élus ont été nombreux dans cette élection qui leur est plutôt favorable. Il y a eu la première présidente d'une région avec le mandant de Marie Blandin dans le Nord-Pas-de-Calais, puis des régions gérées à gauche avec un fort partenariat Vert, comme en Rhône-Alpes ou en Ile-de-France. En 2004, cette dernière région, gagnée par le sortant Jean-Paul Huchon (PS), le vainqueur n'a pu l'emporter qu'avec le soutien des Verts d'Ile de France, où ils pèsent le plus. La négociation a été bonne pour ces derniers, avec 29 élus et 3 vice-présidences. Surtout, l'Ile de France s'est engagé dans un processus volontariste : devenir la première éco-région d'Europe. Cela signifiait − ce qui n'avait pas forcément été compris par tous les élus de gauche − une éco-conditionnalité de toutes les décisions, et surtout dans tous les domaines. Malgré ce handicap, la région, plus globalement que d'autres où certaines des mêmes mesures ont été imposées dans d'âpres discussions, a beaucoup avancé. Le bilan sera exemplaire, même si en bout de course, ces avancées seront parfois plus profitables à ceux qui les ont freinées. L'exemple de la mairie de Paris est ainsi sans contestation : Bertrand Delanoë y a été réélu sur les avancées portées par les Verts, dont les Parisiens ne les ont pas crédités. Quoi qu'il en soit, la notion d'éco-région, née en même temps en Italie, est un concept porteur et moderne. Des notions parallèles naissent un peu partout dans des villages, des villes nouvelles, des quartiers. Sous la pression des élus mais aussi sous celle des citoyens, c'est la société toute entière qui est traversée par le désir d'une vie plus propre, plus juste, plus démocratique, et les décideurs, publics comme privés, ont bien vu le "créneau" nouveau.

Ecoféminisme
Dominé par les courants de pensée marxiste-léniniste ou psychanalytique, le féminisme français s'est peu intéressé à l'écologie au départ. C'est pourquoi la figure de François D'Eaubonne (1920-2005) est très à part. Libertaire et activiste, au M.L.F. comme dans les courants homosexuels radicaux, cette écrivaine a inventé le concept d'écoféminisme, surtout utilisé dans les pays anglo-saxons, mais de peu d'écho ici. Elle a aussi créé un parti, Ecologie & Féminisme, en 1978, qui présentera éphémèrement des candidats. Par la suite, parmi les femmes qui joueront un rôle important dans l'écologie politique, certaines se revendiquaient des mouvements féministes et de leur histoire, d’autres pas du tout. Mais toutes avaient la revendication des droits des femmes au cœur de leur engagement. Cela a fait des Verts un parti très féminisé, aux règles très strictes sur la parité, pionnier en ce domaine : porte-parole ou secrétaires nationales, première femme présidente de région, pourcentage d'élues, de têtes de listes, pratiques internes, etc. L'écoféminisme, qui n'en a jamais porté le nom chez les Verts, reste pourtant un principe majeur, impossible à remettre en cause désormais. Cela a des conséquences importantes dans les programmes et les actions, le souci du droit des femmes dans les pays où ils sont inexistants ou menacés restant toujours présent.

Ecolo
En abrégé, "écolo" désigne soit un écologiste politique engagé dans un parti, soit un partisan de l'écologie en général, employé alors par un adversaire comme méprisant ou condescendant. Terme un peu flou qui permet bien des amalgames, du dirigeant Vert aux amis des oiseaux. Plus sérieusement, c'est aussi le nom du parti Verts francophone belge. Le fédéralisme très poussé dans ce pays oblige chaque parti à avoir une organisation flamande et une wallone. Ecolo désigne les Verts wallons et bruxellois, Groen ! (ex-Agalev) les Verts flamands.

écologie sociale

Entente des écologistes
La création de Génération Ecologie en 1990 a perturbé la donne pour les Verts, jusque là seuls à porter l'écologie en politique. La bagarre sera sanglante entre les deux formations. Au moment où les Verts choisissent pour allié le camp de la gauche, Brice Lalonde, fondateur de G.E. va amorcer un virage à droite aussitôt quitté le ministère offert par la gauche au pouvoir. La somme de leurs résultats électoraux est cependant éloquente : ensemble, ils feraient un malheur dans l'électorat, près de 15 %. Cela amène les deux camps çà réfléchir. Pour les Législatives de 1993, des listes communes sont alors constituées, dans la douleur, sous le label "Entente des écologistes". En fonction des rapports de force locaux, Verts et G.E. partent ensemble, même si certains candidats se heurtent à un refus net : Le très droitier Lionel Stoléru, que Lalonde veut imposer. Dans quelques endroits, il y a deux listes. Certains Khmers Verts s'en vont. De listes baptisées "Génération Verte", initiées par la secte Moon et l'extrême-droite, tentent d'entretenir la confusion. Les Verts font un procès en référé et le gagnent. D'autres listes à label écolo sont aussi de la partie, surtout les Nouveaux Ecologistes de Manovelli qui raflent 3 % des voix. L'Entente, dont le programme commun est un peu minimal, ne fait que 7, 8 %. Aucun élu, malgré les 17, 7 % de Mamère à Bègles et le 17 % de Voynet à Dole, seule au second tour avec Christine Bartet de G.E. Les résultats ne sont ceux espérés et la gauche ayant perdu, la "cohabitation" commence, Lalonde n'est plus ministre, les portes se ferment. Les deux formations en resteront là.

Experts
Science nouvelle pour les politiques, l'écologie fourmille d'experts en tout genre. Aucune question n'échappe à l'expertise. Aussitôt publiée une étude, une autre la contredit immédiatement. Les vraies autorités en la matière n'existent pas, surtout ceux qui sont réellement experts. Il se trouve toujours un chercheur perdu dans un labo financé par un lobby pour apporter la contradiction, dans laquelle se perd le public ignare. Ce système permet aux gouvernants de ne pas agir "tant que les certitudes ne sont pas établies" et elles ne le sont jamais. La tradition française faisant toujours expertiser un danger par ceux qui le provoquent, on se doute que le point de vue écologiste n'est jamais pris en compte… avec les conséquences dramatiques que l'on constate. Ainsi, nucléaire, pollutions, réchauffement planétaire, O.G.M., produits toxiques, etc, sont en permanence considérés comme sans danger par les états dont les lobbyistes sont puissants, autant dire tous. Les discussions autour de la directive Reach ou l'emploi des O.G.M. en plein champ ont ainsi montré la complaisance des états vis-à-vis des pires produits meurtriers, du moment qu'ils été produits par une grande entreprise, et trouvé les "experts" pour justifier ces crimes écologiques. Il faut dire qu'il n'existe pratiquement plus de recherche indépendante, les labos sont ou bien financé par les états en échange de leur silence, ou bien sont financé directement par ces entreprises polluantes, ou encore les ont pour gros clients. Un écart et ils perdent leurs commanditaires. Il n'y a donc plus nulle part d'expertise indépendante, sinon par des associations dont les chercheurs acceptent des conditions de travail "militantes". Cependant, ces expertises là sont indispensables à l'opinion éclairée. Songeons par exemple en France au travail de la CRII-Rad sur le nucléaire.

FERMETURE ECLAIR
Très tôt dans le mouvement Vert, les femmes ont aligné leurs revendications internes sur celles des mouvements féministes dans lesquels elles avaient milité. Le principe dit, dans un premier temps, de la "fermeture éclair", rebaptisé ensuite plus justement "ouverture éclair" s'est imposé. Il consiste lors des débats internes comme externes à faire alterner les prises de paroles entre hommes et femmes, tant qu'il y a des femmes inscrites pour parler. Il peut s'appliquer aussi à la constitution des listes aux élections, en alternance de sexe. Vite admis par tous et toutes, ce principe a encouragé des femmes, souvent moins disertes que les hommes, à prendre la parole alors qu'elles n'y auraient pas spontanément songé. Invitées à s'inscrire pour égaler les parleurs en nombre, elles se lançaient… avant d'y prendre goût à leur tour. Cela a permis de candidater avec plus de crédibilité, en interne comme en externe, pour des postes électifs. Les "journées d'été" des Verts proposent des formations à la prise de parole en public, très suivies.

Fournier Pierre
dessinateur à Hara-Kiri puis Charlie Hebdo, est le véritable détonateur de l'écologie en France. Ses rubriques, mi-dessinées mi écrites, puis parfois seulement écrites, dans ces deux supports, font prendre conscience à une génération entière, que le monde marche sur la tête et que l'écologie consiste à le remettre à l'endroit. Les pionniers de l'écologie balbutiaient avant Fournier, qui leur donnera une envergure nouvelle, en organisant la première grande manifestation écolo contre la centrale nucléaire de Bugey en 1971 et en lançant le premier magazine écolo en kiosque, La Gueule ouverte (1972). Les Verts se créent en 1984 autour d'un texte qui reprend une citation de Fournier. Il est le premier à suggérer un rapprochement avec les gauches. Le premier à parler de "Révolution écologiste". Porte-parole à la fois des écolos, des non-violents et des communautés, c'est le premier théoricien populaire de l'écologie, ses rubriques sont ouvertes aux lecteurs à qui il répond dans le journal. Il décrit au jour le jour sa tentative de vie communautaire et son échec. Malade du cœur, il meurt en 1973, à 35 ans, alors que l'écologie commence à passer dans l'opinion. Il était pourtant le seul à pouvoir unifier les écologistes à cette époque. Sans lui, il leur faudra dix ans encore.

Gauchisme
Si au cours de l'élaboration de l'écologie politique, de nombreuses ex-gauchistes ont rejoint, cela s'est fait progressivement, individuellement et non sans méfiance de la part des initiateurs qui n'en étaient pas. Issus du trotskysme (LCR essentiellement) ou du maoïsme (surtout par la voie de la Gauche Ouvrière et Paysanne), on peut leur adjoindre les ex-P.S.U., courant à gauche de la gauche déjà fortement écologisé. Ces différentes mouvances ont beaucoup changé un mouvement comme Les Verts, dont l'option "barre à gauche" au moment de la rupture avec le waechtérisme, leur doit beaucoup. Par la suite, lors de la fusion des mouvements en 1998, des "gauchistes" entrent en masse chez les Verts, issus de la C.A.P. ou de l'A.R.E.V., renforçant tel ou tel courant interne. Beaucoup resteront malgré tout dans les thématiques habituelles du gauchisme sans jamais sauter le pas pour devenir écologistes à cent pour cent. Ils sont le pendant "social" des environnementalistes, obnubilés, eux, par l'environnement. Ceux qui intègreront l'écologie dans sa totalité sont rares. Paradoxalement, ce qui reste du gauchisme français (trotskyste) n'évoluera pas comme certains l'espéraient vers les thématiques écologistes. Celles-ci, quand elles sont invoquées (rarement), sont toujours plaquées sur une rhétorique inchangée. De plus en plus jacobin, parfois nationalistes, empêtrés dans l'idéologie, le mythe du progrès, le productivisme, ils ont du mal à appliquer les solutions issues du mouvement ouvrier à la nouvelle donne. Ils se rapprochent aussi, idéologiquement, de plus en plus du P.C. (notamment sur l'Europe, les questions sociales, et même dans une conception restrictive de l'altermondialisme). Le classique entrisme léniniste de la L.C.R. et du P.C. dans la plupart des initiatives récentes (ATTAC, mouvement alter, rassemblement anti-T.C.E.) a suffi à les faire capoter. Le fossé avec les mouvements écolos est aujourd'hui difficile à combler et peu d'écologistes y croient encore.

Gueule Ouverte
C'est en 1972 que Pierre Fournier, organisateur de la première manif' écolo d'envergure en France, Bugey-Cobayes, lance la première revue d'importance sur l'écologie. La Gueule Ouverte, hebdomadaire, petite sœur de Charlie-Hebdo, mêle infos, textes de fonds, commentaires de l'actualité, vie pratique, courriers… Reiser y dessine sur l'énergie solaire, Jean-Pierre Andrevon y parle science-fiction, les groupes y expriment leurs combats, d'autres comment faire du compost, sans oublier quelques mystiques de la nature. Un temps, Angelo Di Marco réalise des couvertures comme celles qu'il faisait autrefois pour Radar, dans un style faits-divers très réussi. Si les idées de Fournier imprègnent ce journal même après sa mort brutale début 1973, il reste très alarmiste et catastrophiste, à l'image de l'écologie des années post-68. Le journal subit des avatars, fusionnant un temps avec Combat Non-violent, quittant Paris, devant simplement Gueule, passant de mains en mains avec des variantes idéologiques successives. Cela conduira même à un refus, libertaire mais désastreux, de soutenir la candidature de René Dumont à la Présidentielle de 1974. Mais presque tous les écolos de l'époque y passent et toutes les revues qui suivront, même avant son arrêt définitif en 1980, s'en inspireront.

Les verts
Les Verts (parfois abrégé en LV) sont un parti politique écologiste français ayant existé entre 1984 et 2010. Le parti est associé à la gauche parlementaire. Il disparaît pour donner naissance à Europe Écologie Les Verts.

M.E.P.
Importante étape dans l'élaboration d'un parti écologiste en France, le Mouvement d'Ecologie Politique succédait au Mouvement Ecologiste, créé dans la foulée de la candidature de René Dumont à la Présidentielle de 1974 par les "Alsaciens de Ecologie & Survie et de nombreuses associations à Pierrelatte. Les Amis de la Terre et Brice Lalonde refuseront d'en être et fonderont un mouvement concurrent. Son manifeste "Vers une société écologique aujourd'hui" parlait d'autogestion, d'écosociété et d'écosocialisme. Leurs bons résultats électoraux (ils ne donnent pas de consigne de vote au second tour) étaient encourageants (S. Fernex ou A. Waechter sont élus dans leurs communes). Après Malville, en 1978 à Mulhouse, M.E. Fusionne avec SOS Environnement pour devenir la C.I.M.E. (Coordination Inter-régionale des Mouvements Ecologistes) qui portera la candidature de S. Fernex aux Européennes où elle rate de peu les 5 % nécessaires. C'est en 1979 à Dijon (puis plus officiellement en 1980 à Versailles) que la C.I.M.E. devient le M.E.P. et le premier vrai parti écologiste en France. Didier Anger en est brièvement le porte-parole, les dirigeants entre autres F. Degans, M.P. Labey, A. Waechter, puis Ph. Lebreton ou R. Fischer. G. Cambot en sera le secrétaire général. D. Voynet, très jeune, s'engagera pour la première fois là. Pour la Présidentielle de 1981, la candidature de Lalonde est soutenue par le M.E.P. aux côtés du R.A.T. et des "Diversitaires" de Anger dans un Comité de Liaison Ecologiste et autour d'un programme commun. En 1982 à Saint Prix, préparant la grande fusion, le M.E.P. devient Les Verts-Parti Ecologiste qui avec Les Verts-Confédération Ecologiste formeront Les Verts début 1984.

Ni-Ni
La ligne "ni droite-ni gauche" ("Ni-Ni" en abrégé) a eu un double sens au fil des années dans le mouvement écologiste. Au sens strict l'expression signifiait "pas d'alliance ni avec la droite ni avec la gauche" aux élections, mais le public l'entendait aussi comme "l'écologie n'est ni à gauche ni à droite, elle est ailleurs". On attribue cette invention à Antoine Waechter et ses partisans, quand ils prirent le pouvoir au sein des Verts pour toute la première partie de la vie de ce parti. En réalité, la formule avait été popularisée par Brice Lalonde bien avant, mais elle vient de loin (songeons aux avatars d'une "3° voie" entre les deux guerres). Pour Waechter, elle signifiait surtout "pas de privilège pour la gauche", les alliances étant possibles à ses yeux avec tout mouvement (hors FN) qui permette le développement de l'écologie politique. Ses partisans le mirent en pratique, passant des alliances électorales tantôt avec l'une ou avec l'autre, non sans effets concrets. Seuls les "Khmers Verts" étaient hostiles à toute alliance avec la gauche. C'est sur la base inverse, ne passer d'alliances qu'avec les partis de gauche et jamais avec la droite, que cette équipe fut renversée en 1993 par les "Verts au pluriel" emmenés par Dominique Voynet et Gérard Onesta. Dès lors, les alliances électorales se firent plus systématiques jusqu'à l'expérience gouvernementale de 1997. Toute alliance à droite devint cause d'exclusion. Pour certains même, l'écologie ne peut que s'inscrire au sein de la gauche, voire devenir la "vraie gauche" : on reconnaît là les cultures anciennes du P.S.U. ou du gauchisme ; ceux dont la culture, plus libertaire, affirme l'indépendance de l'écologie vis-à-vis du sacro-saint axe gauche-droite, tout en soutenant l'idée d'alliances privilégiées avec la gauche, conteste vivement cette option. Parti créer son propre mouvement, le M.E.I., Waechter passa d'autres alliances, mais cette fois principalement avec la droite modérée. A la formule des Waechtériens "L'écologie n'est pas à marier" répondit celle de Marie-Christine Blandin "L'écologie peut coucher, mais avec une bonne contraception". Aujourd'hui, sans que soit réemployée l'expression honnie chez les Verts, le "ni-ni" est à nouveau pratiqué dans la réalité. Certains dirigeants et non des moindres (deux anciens secrétaires nationaux) le prônent ouvertement et ont concrétisé leur rapprochement avec le MODEM, ce qui leur a valu d'être exclus. La confusion idéologique née des "ouvertures" aux personnalités socialistes du président Nicolas Sarkozy, a eu un impact fort dans la culture politique. Le tabou n'existe plus, même au PS, lui aussi attiré par le centre. Quant au PC jacobin et à une partie de l'extrême-gauche devenue anti-européenne, tout rapprochement semble exclu avec les fédéralistes verts. Enfin, dans d'autres pays, les écologistes ont participé à des gouvernements dans des coalitions étranges gauche-droite (Autriche, Belgique). Face à l'urgence de la crise écologique, et avec un brouillage idéologique généralisé, tout devient possible désormais, et le "ni-ni" s'est converti pour longtemps en "et-et". Le "Rassemblement" de 2008 en vue des Européennes, en agglutinant des membres du MODEM (Eva Joly), le M.E.I. rentré en grâce ou des associatifs secoués par le Grenelle de l'environnement sarkozien, à d'anciens gauchistes, concrétise cette évolution.

objection de croissance

Parité
Principe très avancé du féminisme dans l'écologie, la parité femmes-hommes est chez les Verts une règle intransgressable. Au fil des années, le principe s'est affiné et développé. Non seulement la parité est devenue obligatoire sur les listes nationales ou locales aux élections, puis sur les têtes de listes (par exemple à Paris, Lyon et Marseille pour les Municipales et Législatives), puis à la direction du Collège Exécutif ou au C.N.I.R., mais d'une façon générale dans la composition de toutes les instances. Y compris dans les listes fusionnées lors de partenariats avec les gauches (sur le quota Verts bien entendu). En effet, en dehors des Verts, la parité absolue n'a existé nulle part, même dans les autres formations écologistes, ni dans les autres partis. En témoigne les navrants pourcentages de femmes dans les assemblées nationales ou dans les conseils régionaux et généraux. Les Verts mettent souvent des femmes, parfois très jeunes, aux plus hauts postes de responsabilité. Dans les grandes figures de l'écologie, Solange Fernex, Andrée Buchmann, Dominique Voynet, Marie Blandin, Marie-Anne Isler, Cécile Duflot ont accédé à une notoriété nationale. Pourtant, les femmes n'ont jamais représenté le tiers des adhérents du parti. La parité peut encore progresser. En effet, ce principe est destiné à permettre à des femmes d'incarner l'écologie là où les hommes, pléthoriques, pourraient les en empêcher. Mais il arrive quelquefois que cette parité soit utilisée pour déstabiliser tel ou tel leader masculin, ou profite toujours aux mêmes femmes au détriment d'autres. Malgré tout, nul ne conteste plus ni le principe de parité, ni même la discrimination positive de fait qu'elle entraîne. La même dénomination commence à gagner d'autres secteurs des discriminations de fait de la société, pour voir progresser la diversité des origines ethniques ou des régions. Elle existe aussi pour les sensibilités à l'intérieur des instances.

Plogoff
Ce village breton eut le malheur d'être choisi en 1974 par le gouvernement de droite pour être le site d'une centrale nucléaire. La contestation commence aussitôt localement, car personne n'a été consulté, ni prévenu, pas même les élus. Elle restera larvée quelques années. Le soutien est général, ceux du Larzac ou de Lip les font profiter de leur existence. Même le très nucléocrate parti communiste les soutient localement contre l'avis de la direction. L'enquête publique ouverte en janvier 1980 ouvre les hostilités plus fortes. Toute la population boycotte, le village est occupé par l'armée, avec des blindés ! Les bagarres sont violentes, fusils contre pierres comme en Palestine. Deux habitants prennent de la prison ferme. Les villageois vident leurs ordures dans les "mairies annexes" où se tient le vote, 5 500 personnes achètent, comme au Larzac, de sparts du G.F.A. créé pour acheter les terres concernées et où des bergeries sont bâties en quelques jours. La panique du Premier ministre Raymond Barre est telle que ses policiers tabassent même à l'intérieur du tribunal de Quimper. Panique qui contraste avec le calme de la présidente du comité Plogoff, Annie Carval, et la détermination des militants. Parmi eux, de futures personnalités vertes comme Gérard Borvon ou Renée Conan. 100 000 manifestants en mai font s'interroger la presse : "D'où peuvent bien sortir tous ces gens quand on sait que nos quatre grands partis sont globalement favorables à l'énergie nucléaire ?" (Le Monde). On comprend mieux pourquoi Plogoff a été emblématique pour l'émergence écologiste, ce que la classe politique ni la classe médiatique n'ont saisi. Barre signe la déclaration d'utilité publique et les communistes lui apportent un soutien farouche : Georges Marchais se prononce pour le "tout nucléaire" et André Lajoinie traite les antinucléaires de "fascistes". Tenant pour une fois une de ses promesses électorales, le Président fraîchement élu François Mitterrand rayera le projet d'un trait de plume en 1981 en même temps que celui du camp du Larzac. Une des grandes luttes écolos des années 1970 venait de payer.

Prix Tournesol
En janvier 1997 a été décerné pour la première fois le Prix Tournesol de la BD au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, dont il est devenu depuis un des prix "off" les plus suivis. Lancé à l'initiative et sous le parrainage des Verts, baptisé en hommage à la fois au symbole des Verts du monde et d'un célèbre personnage secondaire de "Tintin", il récompense un album paru dans l'année écoulée en langue française, et popularisant une ou plusieurs des valeurs de l'écologie politique : défense de la nature et de l'environnement, des minorités, justice sociale, citoyenneté, démocratie, pacifisme, féminisme, antiracisme, non-violence, égalité des droits, lutte contre les exclusions, solidarité Nord-Sud, etc. Il est peu à peu devenu un prix francophone avec la collaboration des partis Verts belge (Ecolo) et suisse (Verts vaudois). Le jury, qui change chaque année, équilibre les femmes et les hommes, les écolos politiques et de la société civile, internationaux et locaux. Le lauréat reçoit une sculpture en matière naturelle (bois, pierre) ou en matériaux de récupération. Le jury est présidé par un leader de l'écologie politique (Voynet, Blandin, Cohn-Bendit, Mamère, Onesta, Baupin, Cochet, Lipietz…) et inclut automatiquement le lauréat précédent et une grande figure de la BD (Montellier, Cabanes, Tronchet, Wendling, Satrapi, Peeters, Solé, Ferri, Hugot…) Outre des écologistes locaux on y a vu aussi Sophie Forte, Bernard Haller, Benoit Delépine, François Rollin, Marianne Sergent ou Juliette, et des représentants de Greenpeace, du DAL, de la revue Silence, d'Ecodif, de Loire Vivante, de Femmes & Changements, de LEA ou d'Agir pour l'environnement. Grands ou petits éditeurs ont les mêmes chances et parfois le lauréat est étranger (Etats-Unis, Belgique, Japon, Brésil). Depuis peu, un marque-page est offert à l'éditeur qui le glisse dans les albums lauréats. Pour le dixième anniversaire en 2007, un jury spécial a choisi, pour l'ensemble de son œuvre, F'Murr comme lauréat du Supertournesol. Les thématiques récompensées offrent un panorama presque complet : malbouffe, féminisme, pacifisme, prisons, aménagement, ruralité, bombe, guerre, social, santé environnementale, colonialisme. Du reportage à la science-fiction, de l'humour satirique à la chronique, du témoignage au délire, rien n'est négligé, dans une cohérence significative. Un Tournesol du spectacle vivant est décerné tous les deux ans au Festival d'Avignon, un Tournesol du land-art vient d'être créé à Marseille et se préparent un Tournesol du cinéma, et un de la chanson. Les lauréats du Tournesol de la BD : 1997 : Jean-Claude Mézières et Pierre Christin : "Valérian : Les otages de l'Ultralum" (Dargaud) 1998 : René Follet et Pierre Makyo : "Ikar : La machine à arrêter la guerre" (Glénat) 1999 : Joe Sacco : "Palestine : Dans la bande de Gaza" (Vertige Graphic) 2000 : Eric Corbeyran et div. dessinateurs : "Paroles de taulards" (Delcourt) 2001 : Mazan : "Dans le cochon tout est bon" (Delcourt) 2002 : Etienne Davodeau : "Rural" (Delcourt) 2003 : Luz : "Cambouis" (L'Association) 2004 : Keiji Nakazawa : "Gen d'Hiroshima II" (Vertige Graphic) 2005 : Manu Larcenet : "Le combat ordinaire : Les quantités négligeables" (Dargaud) 2006 : Albert Drandov, Dikeuss & div. dessinateurs : "Amiante, chronique d'un crime social" (7° Choc) 2007 : Otto T. et Grégory Jarry : "Petite histoire des colonies : L'Amérique française" (FLBLB) 2008 : Léo : "Aldébaran : L'autre" (Dargaud).

PROVOS
Le mouvement Provo a été le premier mouvement d'écologie politique au monde. Précurseur de mai '68, ce soubresaut culturo-politique se déroula essentiellement à Amsterdam (1965-1967), puis dans les villes hollandaises avec quelques échos belges et français. Mais la presse mondiale en parla, tant l'originalité de cette révolte tranchait sur celles qui avaient précédé. Parti de la contestation des fiançailles de la princesse Beatrix (fille de la reine Juliana à qui elle succéda) avec un allemand ancien membre des troupes nazies, le monôme se fit mouvement révolutionnaire et contestation de toute la société néerlandaise. Conçu collectivement (et improvisé) par des étudiants, des jeunes amateurs de rock et de contre-culture, des artistes et des alternatifs, il mobilisa les foules de la ville dans de multiples manifestations, agitations et initiatives, que leurs "plans blancs" (la couleur provo) résument : plan "Maisons blanches" pour le logement (ancêtre de tous les mouvements squatters), "Poulets blancs" pour une police non-violente, "Cadavres blancs" contre les meurtriers de la route, "Enfants blancs" pour l'école, "Femmes blanches" pour le féminisme, "Cheminées blanches" contre la pollution industrielle… leur programme est le premier à intégrer ainsi l'écologie dans toutes ses dimensions environnementale, sociale et citoyenne. La noce eut lieu dans un chahut infernal, et dans les semaines qui suivirent, malgré une répression permanente, les Provos développèrent leurs idées, écoles alternatives, boutiques, journaux, lieux d'accueil et de soins, initiations diverses. Cela les conduisit quelques mois plus tard à présenter, là encore les premiers, une liste aux élections municipales d'Amsterdam, où ils gagnèrent un siège, occupé par rotation. L'ingénieur Luud Schimmelpenninck, l'imprimeur-éditeur Rob Stolk, la féministe Irene Van de Weetering et le dandy Bernhard De Vries siégèrent, mais d'autres animateurs du mouvement laissèrent leur trace comme Hans Tuynman, Marteen Lindt, le célèbre plasticien et architecte situationniste Constant, le dessinateur Willem (qui émigra en France en 1968), l'éditeur Olaf Stoop, l'écrivain Simon Vinkenoog, les anarchistes Jef Last ou Rudolf De Jong, l'agitateur vedette des happenings R.J. Grootveld et bien sûr le futur leader Vert, Roel Van Duyn. Dissous pour ne pas se scléroser, le mouvement réapparaîtra sous d'autres formes dans les années suivantes, avec les Kabouters (eux aussi avec succès électoral) ou les Krakkers, plus tournés vers le squatt. Par son mélange d'activisme et de ludisme, sa vision joyeuse du militantisme, Provo a ringardisé d'un coup tous les mouvements issus de la gauche et de l'extrême-gauche, avant même que ceux-ci ne tentent, avec Mai 68, leur chant du cygne. La plupart des courants écologistes dix ans plus tard hériteront d'une part de l'énergie provo. Les Verts du monde entier sont leurs héritiers.

PUBLICITÉ
La publicité, parce qu'elle "vaut mille bombes" (cf. "Le livre noir du capitalisme") est l'arme principale des ennemis de l'écologie. Non seulement elle organise le mensonge, mais elle se substitue à une réelle information sur les produits et les services. Cette information est vite taxée de "dénigrement" et se termine devant les tribunaux, alors qu'aucun droit de réponse n'est possible en matière de publicité, bien que la proposition ait été faite au Parlement Européen. Déguisée parfois en sponsoring ou en parrainage, elle jouit de privilèges exorbitants et se voit même considérée comme "assurant l'indépendance des médias" que pourtant elle seule menace massivement. Les grandes entreprises prédatrices l'utilisent fréquemment, y compris sous la forme clandestine de faux articles de presse, entre autres pour populariser des études ou thèses pseudo-scientifiques volant au secours de leurs produits (inocuité des OGM, de l'amiante, des pesticides, des rejets automobiles…) Toujours combattants virulents de la publicité, y compris dans les mouvements comme "Résistance à l'agression publicitaire" ou les "Casseurs de pub", les écologistes l'ont souvent détournée, dénoncée, parodiée et attaquée. Le slogan de Cavanna "La publicité vous prend pour des cons, la publicité vous rend cons" a été un slogan écologiste dans les années 1970-80, avant qu'une nouvelle idéologie de soumission aux marques ne soit matraquée chez les plus jeunes, grâce à l'entrée massive de la publicité sur les chaînes TV.

RECLUS Elisée
Premier à constater l'articulation de la dégradation de l'environnement, de la situation sociale et de la démocratie, essentiellement dans les relations Nord-Sud, Elisée Reclus (1830-1905) est incontestablement le premier écologiste politique français. Géographe de grande envergure, pacifiste, féministe, autogestionnaire, libertaire, humaniste, antimilitariste, anticolonialiste, défenseur des déshérités et des exclus, ce militant anarchiste exemplaire est aussi un homme que ses origines protestantes conduit à une frugalité très austère. Il est l'archétype de certains écolos des débuts, que les actuels partisans de la décroissance ne renieraient pas. Il a vécu l'exil, la prison, les procès, les indignités. Il refuse les honneurs, les richesses, les privilèges, et son intégrité est totale. Amené à écrire la première grande Encyclopédie de la terre pour Hachette, il parcourut le monde et décrit ce qu'il voit : le capitalisme industriel débridé ruinant la nature, les cultures et pillant les économies, les richesses communes pour un profit rapide. La géographie est pour lui autant une arme de combat qu'une science. Pédagogue et vulgarisateur, ses livres "Histoire d'une montagne" et "Histoire d'un ruisseau" sont des classiques incontournables. Athée, il se méfie du mysticisme de Haeckel et n'emploie pas le mot "écologie". Il est en revanche un partisan de la mésologie de Bertillon. Reclus, très en avance, n'eut pas de successeurs dans sa science, et ne fut jamais revendiqué par les premiers écologistes. Son apport à l'écologie fut même occulté souvent par les libertaires, par peur de le voir récupérer. Ces dernières années seulement son apport magistral a enfin été reconnu : cet homme exemplaire est enfin remis à sa vraie place de grand père de l'écologie française.

Réformisme et radicalité
Ecologie réformiste ou écologie révolutionnaire ? La question structure toujours les mouvements d'écologie politique. Entre ceux, souvent environnementalistes, pour qui la société doit être amendée pour devenir plus vivable (environnement, équité sociale) et ceux pour qui la société doit être en entier repensée, les malentendus sont légion. Les premiers se satisfont vite d'accords électoraux, par exemple avec des partis traditionnels qui ajouteraient quelques lignes sur l'"écologie" dans leur programme, les seconds n'y ont jamais cru. Pour ces derniers, l'écologie ne peut être réalisée sans les écologistes et les non-écolos seront toujours suspects. La réalité leur a souvent donné raison. Du coup, ceux qui veulent changer le système de fond en comble apparaissent comme des extrémistes, voire des excités, et les réformistes pour des mous. Il est surprenant de voir que les plus extrémistes de l'échelle politique, à l'extrême-gauche, ont souvent rejoint les réformistes sur le terrain où l'écologie n'est qu'une part du programme et non le programme. Dans tous les pays, les partis Verts ont assumé, malgré les attaques, leur double détente, révolutionnaire sur le long terme (changer la société de fond en comble) et réformiste à court terme (faire avancer partout où on le peut les idées écolos en progressant vers une radicalité toujours plus forte). Cela leur a valu des volées de bois vert aussi bien des gauchistes et libertaires que des socio-démocrates et des communistes. D'un côté, on leur reproche un réformisme sans radicalité, de l'autre un extrémisme irréaliste. C'est pourtant ainsi que la société avance : à petites touches dans une direction jamais reniée. Cela explique l'aisance avec laquelle les élus écolos se sont glissés dans des exécutifs gestionnaires (municipalités, régions) tout en conservant pratiquement partout une exigence qui irrite leurs partenaires.

Révolution
Ceux qui nient que l'écologie soit révolutionnaire ont mal regardé les programmes électoraux successifs. 80 % des propositions écologistes ne sont pas compatibles avec les programmes de leurs concurrents. Social-démocratie, communisme, trotskysme ou libéralisme s'enferrent dans le productivisme, quand ce n'est pas dans les croyances désuètes au progrès, à la croissance, au travail, voire aux divisions traditionnelles (gauche-droite, classe possédante-classe travailleuse) quand ce n'est pas aux vertus des frontières. Le monde a changé et les repères aussi. Les manières de lutter doivent être adaptées à l'époque. C'est en cela d'abord que l'écologie, seule idée nouvelle en politique depuis le XIX° siècle, est révolutionnaire. Mais aussi parce que, dans une société écologiste, il ne resterait pas grand-chose des anciennes conceptions ni dans les manières de faire. Egalitariste, fédéraliste, mondialiste, solidaire, dirigée vers l'être humain et marginalisant le rôle du travail dans le développement de l'être, une société écologiste changerait en profondeur la vie des êtres humains. La révolution écologiste est d'abord une offensive contre l'ancien monde, bien loin de l'écologie réduite à la protection de l'environnement.

SAUVAGE (1973-1981)
Les débuts de l'écologie en France doivent beaucoup à une presse brouillonne, amateur, mal fichue, mais sympathique. Elle fut relayée ensuite par de vraies revues, vendues en kiosques et à la présentation professionnelle. Pionnier de l'écologie dans Le Nouvel Observateur, Alain Hervé est une figure essentielle de cette émergence de l'écologie française. Mais Hervé n'était pas un politique. Le moment venu de prendre des responsabilités, il n'alla jamais aussi loin que se présenter à des élections locales. Il aurait pu être le leader des Amis de la Terre entrés en politique et diriger de fait l'écologie française. Cela ne lui plaisait pas et il laissa Brice Lalonde, qui n'avait pas ces scrupules, s'en charger. Petit frère de L'Obs', Le Sauvage fut alors le journal de Hervé, une des grandes revues écolos des années 1970, dont le dernier avatar fut La Lettre du Sauvage en 1981. Pêle-mêle on y parlait de science, d'écologie politique, de plantes et d'agriculture, de bonnes adresses et de vie alternative. Beaucoup de futurs animateurs du mouvement politique y passèrent et l'écologie franchit alors une étape importante en popularité. Des marginaux des débuts, faciles à caricaturer, l'écologie entra dans les salons bourgeois et les intellectuels commencèrent à s'y intéresser. Pour la première fois l'idée d'une écologie purement réformiste y apparut, et le journal, tourné vers la vision déjà centriste de Lalonde, prit parfois à contrepied la doxa écolo. Le plus frappant est la décision du journal de ne pas soutenir René Dumont à la présidentielle de 1974, alors que ce premier candidat historique était très proche de leur groupe, au profit de François Mitterrand. Cette erreur grossière, imposée évidemment par les patrons socialistes de L'Obs', coupa l'équipe du reste des écologistes.


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